Colloque financier 2016

 

Le 26 mai dernier se tenait le colloque sur l’environnement d’affaires en foresterie animé de main de maître par le professeur Luc Bouthillier, ing.f., Ph.D., et où nous avons eu le plaisir de recevoir 8 conférenciers des plus intéressants. Ils ont couvert des facettes très variées de l’environnement d’affaires en foresterie. Ceci a permis de prendre la mesure de l’ampleur des défis à relever, mais également des potentiels que notre forêt et notre industrie recèlent. Nous devrons assurément continuer à réfléchir et à innover. Ce colloque n’était donc qu’un début.

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Monsieur Étienne Bélanger, ing.f., (AIPFC-FPAC), nous a tracé le portrait général du secteur à l'échelle canadienne. Il a notamment insisté sur le fait que le Québec, avec la Colombie-Britannique, ont conclu très peu de traités avec les Premières nations, ce qui engendre de l’incertitude. Il a également mis l’accent sur la vision ambitieuse de l’industrie à contribuer à la réduction des gaz à effet de serre par l’utilisation de la biomasse notamment. Enfin, il a abordé la certification forestière, le Canada en étant l’un des chefs de file à cause des pratiques et des régimes forestiers parmi les plus rigoureux au monde.

Messieurs Vincent Auclair, économiste (BMMB) et Michel Vincent, économiste et ing.f., (CIFQ), nous ont entretenus de la compétitivité et de la rentabilité relative de notre industrie par rapport à celle de l’Ontario. Tous les deux arrivent au constat que la situation de l’industrie québécoise est précaire, l’industrie québécoise se classant en queue de peloton en ce qui concerne la rentabilité. Cependant, ils ont présenté des interprétations divergentes quant à la position adoptée par l’État québécois. Monsieur Auclair nous a présenté les mesures récemment mises de l’avant par l’État pour supporter à court terme l’industrie. Mais pour monsieur Vincent, l’État doit aller plus loin en partageant les risques et en assouplissant certaines règles concernant la vente des bois. Il s’agit là d’un débat qui doit se poursuivre puisque les études utilisées pour soutenir les points de vue, notamment celle de Woodmarket, ne font pas toujours consensus.

Monsieur Thomas Moore, ing.f., M.Sc., est venu faire une mise à jour des derniers développements en matière de stratégie de production de bois. Après avoir adopté des orientations ministérielles en juillet 2015, le MFFP a entrepris d’élaborer une démarche qui mènera chaque région à concevoir une stratégie de production de bois propre à ses besoins, son contexte et ses potentiels. Ces stratégies devraient être rassemblées en 2018 pour constituer la stratégie de production de bois nationale annoncée dans la SADF.

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Monsieur Marc-André Côté, ing.f., Ph.D., (FPFQ), a fait valoir toute la richesse que la forêt privée contient. Mais il nous a aussi démontré que les conditions auxquelles font face les propriétaires de boisés privés ne sont pas toujours propices à la mobilisation des bois. Notons surtout les hausses de valeurs et de taxes qui amènent des acheteurs ayant d’autres buts que celui de produire du bois, les règlements municipaux parfois très contraignants et des demandes de permis coûteux et la fiscalité peu avantageuse. Heureusement, les dernières mesures annoncées dans le budget provincial vont dans la bonne direction. Monsieur Côté a terminé en nous offrant une série d’idées novatrices pour encourager l’aménagement forestier en forêt privée, dont la promotion de « l’ingénieur forestier de famille » et l’offre d’un service clé en main en unissant les intervenants actuels et en mettant en valeur leurs forces respectives.

L’entente de libre-échange avec les États-Unis ne pouvait être passée sous silence. Monsieur Carl Grenier, professeur à l’ENAP et vieux routier en matière de conflits du bois d’œuvre, nous a rappelé comment nous en sommes arrivés à la situation actuelle. Celle-ci fait suite à une multitude de poursuites intentées par les américains et de nombreuses décisions du gouvernement canadien pour tenter de limiter les dommages économiques et négocier des ententes avec nos voisins, principaux clients. Sans détours, monsieur Grenier nous a dit que nous ne devions pas entretenir de grands espoirs pour la ronde de négociations qui s’amorce. La bataille sera difficile et nous devrons nous mobiliser pour éviter ou nous adapter à de nouvelles sanctions économiques coûteuses.

Monsieur Gilles Bergeron, professeur retraité de science économique, a quant à lui, présenté les principaux faits saillants d’une étude d’impact social et économique qu’il a réalisée avec sa collègue Nancy Gélinas de l’Université Laval et qui portait sur les baisses appréhendées de la possibilité forestière au Saguenay-Lac-Saint-Jean. Si les mesures de protection et de conservation environnementales sont mises en œuvre, on doit anticiper jusqu’à près de 3 500 pertes d’emplois dans la région. Il a insisté pour dire que des rationalisations et des fermetures d’usine sont inévitables. Pour mitiger les impacts sociaux de celles-ci, des scénarios de répartition des volumes pourraient permettre d’amoindrir les effets néfastes dans les communautés les plus dépendantes du secteur, donc les plus à risque. Il a également fait remarqué que l’innovation, par de nouveaux produits et marchés sont de bons moyens de créer de nouveaux emplois et plus de richesse.

Finalement, monsieur Luc Lebel, ing.f., Ph.D., professeur en opération forestière à l’Université Laval, est venu plaider pour une plus grande intégration entre les fonctions de planification et de récolte. Il a appelé la communauté forestière, au premier chef les ingénieurs forestiers, à penser «approvisionnement» et «agilité» à toutes les étapes de la planification. Cette pensée vise à mieux intégrer les multiples facteurs de l’environnement d’affaires et à favoriser l’adéquation des besoins et des objectifs, ce qui contribue à améliorer la performance de l’ensemble de la chaîne de valeurs.

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En conclusion, François Laliberté, ing.f., président de l’Ordre, a invité la communauté forestière à dépasser les frontières organisationnelles afin de renforcer le partage d’informations et la collaboration entre les partenaires de la chaîne d’approvisionnement, du fournisseur de bois jusqu’au client. Il a réitéré la volonté de l’Ordre de continuer à fournir des occasions d’échanger et de débattre pour faire avancer la réflexion et contribuer à l’innovation.